Cirey-lès-Bellevaux
COMMUNE DE HAUTE-SAONE (FRANCHE-COMTÉ) - Jeudi 23 Fevrier 2012 -

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Wikipédia

 * St-Pierre de Tarentaise
 * L'abbé Robert ROY

SOMMAIRE

Cirey à travers les âges

Jean de Vienne et l'abbaye de Bellevaux


AVERTISSEMENT

Par l'initiative de Jacques NOEL, maire de Cirey de 1967 à 2001, un livret intitulé "Cirey à travers les âges" paru en1978. Il fut le résultat d'importantes recherches menées par Madame WEYL, habitant Cirey à l'époque. Elle fut aidée et soutenue dans ses travaux par Madame DEBUYER, Monsieur RAGUIN, Monsieur le Colonel SAUZAY ainsi que Monsieur GRISEL, archiviste. Aujourd'hui, il ne reste hélas que très peu d'exemplaires de ce livret. C'est pourquoi nous avons tenu absolument à le numériser afin de le rendre lisible par tous et faire connaitre l'histoire de notre belle commune au plus grand nombre possible. Un grand merci à Jacqueline CASAGRANDE, habitante de Cirey pour avoir réalisé ce travail ô combien fastidieux, de saisie de l'intégralité du texte. Dés que possible et petit à petit, nous y ajouterons des illustrations.
Il est bien évidemment prévu d'écrire la période allant de 1979 à nos jours dés que possible.


Cirey à travers les âges
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CHARTE DE 1130

Qu'il soit connu à tous que Richard de Montfaucon a donné aux moines de Bellevaux tout ce dont ils pourront à Cirey acquérir la propriété par les dons de ceux qui la tenaient de lui.
Renauld de Traves assistait à ce don. Et lui même tenait du susdit Richard le tiers de la susdite propriété que, néanmoins, Pons, soldat de Cirey, tenait de lui selon le droit féodal. Comme donc Pons, abbé de Bellevaux, demandant humblement au susdit Renauld de Traves jusqu'où il voulait bien faire de la partie de sa justice que Richard avait fait du tout, il a totalement refusé si Richard ne le déchargeait complètement du service dû pour ce fief. C'est pourquoi le susdit Richard, ayant pris connaissance de la délibération de ces nobles gens, a totalement déchargé Renauld du service dû pour ce fief et Renauld a volontiers concédé ce que demandait l'abbé, c'est-à-dire, tout ce qu'il pourrait acquérir dans le tiers de la propriété de Cirey de celui qui la tenait de lui-même. Fait solennellement à Besançon de la main du seigneur archevêque Anseric, avec son approbation, de qui le susdit Richard tenait cette propriété de Cirey.
Témoins Alberic abbé de Baume - Guido abbé - Guido de Montfaucon - fait l'année 1130 de l'incarnation du Seigneur.

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SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Cirey, commune de la Haute-Saône (canton de Rioz), est située au nord-est de Besançon (25 km), au sud-est de Vesoul (30 km), sur la route départementale 31 qui relie Voray à Loulans-les-Forges, en bordure de l'Ognon.
Sa superficie totale est de 1 319 ha, dont 480 boisés, son altitude de 226m. C'est un pays vallonné, ces vallons limitant au sud une plaine enrichie par les alluvions de l'Ognon. Plus au nord, un plateau qu'il faut franchir pour atteindre les deux hameaux dépendant de Cirey, Neuves-Granges au nord-ouest, Marloz au nord. Au pied du plateau, dans la région boisée qui limite la plaine, BELLEVAUX. L'Ognon traverse CIREY dans son ensemble. C'est une belle rivière, aux rives vertes et riantes. Les dragages nécessités par l'exploitation de sablières l'ont élargie sans lui enlever de son charme, laissant parfois en son lit des îlots bien vite gagnés par une végétation prolifique, havre de prédilection des hérons et des poules d'eau. Dans une grande partie du village, la rivière est doublée par un canal qui alimentait un moulin aujourd'hui désaffecté.
L'ensemble du pays compte, à nos jours, 310 habitants.

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L'ANTIQUITÉ ET LE HAUT MOYEN ÂGE

L'histoire de Cirey se perd dans la nuit des temps. Des hommes ont habité notre région à l'époque préhistorique ; leur présence peut être repérée aux environs de 50 OOO ans avant Jésus-Christ ; on a, en effet, retrouvé un outil de silex taillé à Bouhans-les-Montbozon et une hache de quartzite à Thurey, tous deux remontant à l'âge du Moustérien. (période paléolithique dite " Du Moustiers " pendant laquelle l'homme se servait d'instruments de silex taillés sur une seule face).
   A Cirey même, on peut faire remonter la première occupation humaine aux environs de 8000 ans avant Jésus-Christ : des microlithes (pièces de bois incrustées à leur extrémité de très petites parcelles de pierre) ont été retrouvés entre Cirey et Vandelans, à proximité du ruisseau du Croc ; les hommes qui les utilisaient vivaient de menu gibier, de poissons, de mollusques et de racines. On relève également leurs traces à Fontenois, Bouhans et Chassey.

   Vers 4ooo avant Jésus-Christ, la vallée de l'Ognon devient une voie de passage ; des peuplades venues de Méditerranée remontent le Rhône, la Saône et l'Ognon. Elles se rencontrent avec des Asiatiques remontant la vallée du Danube et pénétrant nos régions par la trouée de Belfort. Elles apportent l'agriculture et l'élevage : l'homme, de prédateur qu'il était, devient producteur de nourriture.
   Vers 2000 avant Jésus-Christ, à la suite de nombreuses invasions, la vallée de l'Ognon est vraisemblablement très peuplée ; beaucoup de nos villages actuels existent sans doute ; leurs habitants vivent de chasse, de pêche, d'élevage et de cultures qui s'améliorent avec les progrès de l'outillage ; celui-ci, fait de pierre, se compose de haches, de couteaux, de faucilles, de poignards, de pointes flèches, etc…..
   Pourtant la vie des peuplades reste pour nous entourée de mystère. Ce n'est qu'au 2ème siècle avant notre ère qu'on voit installé dans nos régions un peuple organisé, les Séquanes. Et notre village primitif, dont nous ne saurons rien de précis pendant des siècles, va connaître tantôt le calme, tantôt les tribulations de l'ensemble de la province.

Menacés par les Eduens installés outre-Saône, les Séquanes firent appel à une tribu de germains, les Suèves; ceux-ci, dirigés par Arioviste, les aidèrent à repousser l'envahisseur, puis les opprimèrent à leur tour, exigeant terres et tributs.
   Pour s'en débarrasser, les Séquanes demandèrent assistance à Jules César qui venait d'aider les Eduens à chasser des troupes Helvètes. Le général romain sauta sur l'occasion qui lui était offerte d'étendre sa domination sur la Gaule ; en 58 avant Jésus-Christ, il arriva avec ses légions à Besançon et, remontant la vallée de l'Ognon, écrasa les bandes d'Arioviste en Alsace, près de Cernay. La conquête de la Gaule commençait pour César. Et, pour plusieurs siècles, la domination romaine s'étendait dans nos régions, apportant la paix après une longue période troublée par les luttes intestines des tribus gauloises, introduisant aussi la langue latine et une civilisation nouvelle.
   C'est de cette époque que datent les quelques emplacements gallo-romains existant sur le territoire de Cirey.
   Mais avant même l'effondrement de l'empire romain, des barbares passèrent le Rhin à de multiples reprises et envahirent notre pays. Dès le 3ème siècle, il dut y avoir de nombreuses destructions et les romains eux-mêmes fixèrent leurs prisonniers barbares dans les régions de la Saône et de l'Ognon, alors dépeuplées. Le pays se releva, mais un siècle plus tard, de nouveaux désastres devaient fondre sur lui avec l'arrivée des Vandales qui dévastèrent tout sur leur passage. Ils furent suivis par d'autres envahisseurs, les Burgondes, qui s'installèrent au début du 5ème siècle et s'associèrent aux populations gallo-romaines en partageant les terres. Vaincus ensuite par les Francs, ils durent leur céder le pouvoir ; la Séquanie subit alors toutes les vicissitudes auxquelles donnèrent lieu les rivalités des rois Mérovingiens (un sarcophage mérovingien a été découvert en 1907 à Marloz par un laboureur qui travaillait ses terres, sur la " fontaine aux Ribeaux " parcelle n° 18) encore aggravées par l'invasion des Sarrazins (725-731). Le seul élément de stabilité dans le désordre de l'époque demeurait l'Eglise avec différents monastères installés dans la région, telle l'Abbaye de Luxeuil fondée en 599.
   A l'époque Carolingienne, on put croire la sécurité retrouvée. Mais l'unité réalisée par Charlemagne ne fut pas sauvegardée par ses successeurs ; l'empire partagé au traité de Verdun (843), notre pays fut englobé dans la Lotharingie. Il connut de nouveau une ère de désordre et d'invasions (Normands, Hongrois) ; mais, entre temps, profitant de l'affaiblissement du pouvoir, un seigneur d'origine Lotharingienne, Boson, s'était fait couronner roi de Bourgogne par une assemblée des prélats et des grands de ses domaines (879) ; avec son successeur, le royaume de Bourgogne sera constitué ; mais il s'agira en fait d'un assemblage de provinces disparates, sans unité aucune ; le pouvoir du roi y demeurera inexistant devant l' influence du clergé et des seigneurs ; l'un de ceux-ci, Otte-Guillaume, va s'efforcer d'étendre son autorité sur la Séquanie et, rencontrera peu d'opposition de la part du roi de Bourgogne, réussira à réunir sous son autorité un vaste territoire qui aura déjà les contours de la future province comtoise. C'est le pays qu'on appellera le comté de Bourgogne, par opposition au duché de Bourgogne situé sur rive droite de la Saône. (Le mont " Comté " était féminin à l'époque, d'où la dénomination - Franche-Comté).
   Et voici comment notre CIREY devint, définitivement un village comtois.

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CIREY DE 113O À 1800

Mais, au XIIème siècle, un évènement va transformer profondément sa vie. En 1120, appelés par les Seigneurs de la Roche (nos voisins de Rigney), 12 religieux de Morimond - en Lorraine -, sous la direction du vénérable Pons, arrivèrent à Cirey et y fondèrent le premier monastère cistercien de la Comté de Bourgogne. Ils choisirent pour ce faire un lieu désert, aux confins de Chambornay et de Cirey, sur des terres données par Etienne de Traves, Bernard de Pons et Ebrard de Cirey, seigneurs de ces lieux.
   Ces moines, défrichant les bois, travaillant dur, firent en quelques années de ce qui n'était qu'une vallée marécageuse, une terre fertile couverte de riches pâturages. Bientôt fort nombreux (500 dit-on), ils furent des bâtisseurs, asséchant les marais, construisant des barrages sur l'Ognon, répartissant harmonieusement sur les coteaux vignes et bois. Si plaisante devint cette vallée que l'archevêque Humbert, en 1135, lui donna le nom de " Bella Vallis ", Bellevaux. Au fur et à mesure de leurs acquisitions et de leurs défrichages, les moines divisèrent le domaine en " granges " habitées et exploitées chacune par une douzaine de religieux ; certaines ont donné leur nom à des hameaux voisins : Neuves-Granges, Marloz, Magny-lesCirey.
   Au milieu du XIIème siècle, ces cisterciens avaient reçu en dons de l'ensemble des seigneurs de Cirey la totalité du village et de ses dépendances. Une charte de 1130, signée par Anséric, " seigneur archevêque " de Besançon, atteste l'importance des territoires donnés aux moines par Richard de Montfaucon et Renauld de Traves.
   Les religieux durent cependant éprouver de grandes difficultés lorsque, appuyés par l'évêque Pierre de Tarentaise, ils prirent, en 1163, la défense du Pape contre l'Empereur Frédéric Barberousse et l'archevêque de Besançon. Mais l'abbaye resta florissante, bien qu'elle ait été pillée au 13ème siècle par les soldats du Comté de Bourgogne, puis par ceux de " l'Empereur, enfin par les Routiers en 1390. Certes, les villageois de Cirey eurent à souffrir de ces invasions puisqu'ils étaient complètement sous la dépendance de Bellevaux.
   Un texte de 1503 nous indique en effet les " statuts des paysans " : " reconnaissance faite par les habitants de Cirey au profit de l'abbaye de Bellevaux, par laquelle ils ont déclaré être mainmortables (astreints à la " main morte ", droit dont jouissaient les seigneurs et en vertu desquels les serfs étaient privés du droit de disposer par testament des biens qu'ils tenaient de leurs seigneurs) de ladite abbaye, taillables et devoir corvées, devoir aussi la septième partie de tous les fruits qui se sèment, de chanvre, de millet, de pois, de fèves, de lentilles et de vaisses qu'ils font pour la haute, moyenne (sic) et basse justice des religieux ; qu'ils ne peuvent aller s'établir ailleurs sans encourir la commise (confiscation des biens d'un vassal) de leurs biens ; qu'ils ne peuvent vendre vin sans la permission de l'abbaye ; qu'ils doivent 3 sols par chaque fauchée de près qu'ils possèdent et 2 sols par chaque maison ". (archives de l'abbaye de Bellevaux, archives départementales de la Haute-Saône).
   Mais les moines, par leurs activités multiples, assuraient la prospérité du village. Au XVIème siècle, le canal de dérivation de l'Ognon existait déjà, creusé sous l'instigation des religieux, avec un barrage et un pont pour le franchir. Et comme ces religieux avaient besoin de solides outils pour faire exploiter leurs terres et en même temps pour en faire commerce, ils avaient fait venir un maître de forges de la Ferté-sur-Aube qui avait installé son industrie sur le canal.
   Le 5 juillet 1543, ce sieur Didier Hastot vendit la forge de Cirey à l'abbaye de Bellevaux pour la somme de 3 200 F (archives de l'Abbaye de Bellevaux, archives départementale de la Haute-Saône) ce qui n'empêcha pas un habitant de Cirey de faire, l'année suivante, un procès au même Didier Hastot pour détériorations de ses terres dues aux aménagements du canal de la forge (archives de l'Abbaye de Bellevaux, archives départementale de la Haute-Saône).
   L'exploitation de cette forge fut de durée restreinte. Est-ce spontanément, est-ce par suite d'une destruction due à quelque envahisseur ? cette industrie fut transférée à Rigney, sur la Corcelle ?
   Mais le canal n'allait pas demeurer inemployé et, sur ses rives, les moines firent bâtir un moulin, ancêtre de celui que nous avons connu. Etait-il destiné à remplacer le moulin de Gourdepain, à Chambornay, détruit pendant les guerres du XVIIème siècle ?ou lui était-il antérieur ? les documents manqent à ce sujet, mais la tradition veut que les gens de Chambornay aient accepté l'éloignement du moulin à condition que l'abbé leur établisse un chemin à travers la prairie avec un pont sur le ruisseau. Ce serait l'ancêtre de la route du Plombier !
   En tout cas, l'exploitation de ce moulin intéressait directement les gens de Cirey qui avaient l'obligation de l'utiliser en payant redevance, de même qu'ils se servaient des fours de l'abbaye puisque les moines jouissaient du droit de banalité : servitude consistant, à l'époque féodale, dans l'usage obligatoire et public d'un objet appartenant au seigneur. Mais en même temps, ils devaient participer à l'exploitation de ces entreprises et en tirer profit, d'autant qu'avec les années, l'effectif des moines se réduisait.
   En effet, la décadence de l'abbaye allait bientôt s'amorcer et ses vicissitudes eurent leur influence sur la vie des paysans de Cirey. Mais les guerres qui décimèrent la province les troublèrent encore bien davantage. En 1614, on ne comptait plus, à Cirey seul, que 34 ménages ; bientôt ceux-ci durent se défendre contre l'épidémie de peste qui ravagea la Comté vers 1630 ; plus grave encore fut l'invasion de la province par les troupes de Louis XIII (1636) ; pendant plus de 10 ans, la région fut soumise aux multiples exactions des hommes de guerre, agresseurs ou défenseurs, Français, Allemands, Suisses, Lorrains, Suédois surtout, les plus féroces, ou même Comtois. Les uns après les autres, les villages furent incendiés, les récoltes saccagées, les habitants dépouillés, torturés et assassinés. Au cours de cette terrible guerre dite de " Dix-Ans ", l'abbaye de Bellevaux fut à peu près anéantie. En 1650, le prieur restait seul. Et il est probable que le village tout entier était devenu un champ de ruines entouré de terres incultes.
   Mais, derrière leurs murailles, les principales villes de la province, Dôle, Gray, Besançon, avaient résisté à tous les assauts ; en France, Louis XIII et son ministre Richelieu étaient morts. Mazarin jugea préférable de cesser les hostilités. La Franche-Comté, affaiblie, ruinée, retourna à l'Espagne par les traités de Wesphalie et des Pyrénées (1648-1659).
   Il restait aux villageois rescapés à se relever ; leur situation était déplorable, leurs champs en friches, leurs maisons brûlées ; eux-mêmes demeuraient peu nombreux. Reçurent-ils, comme d'autres bourgades comtoises, l'appui de nombreux immigrants venus des provinces voisines (Savoyards ? Lorrains ? Souabes : les actuels Wurtembourgeois ?), en tous cas, ils survécurent et reprirent leur vie de labeur. Ils durent craindre de nouveaux désastres quand en 1674, Louis XIV rouvrit les hostilités et pénétra en Franche-Comté ; mais il semble que les affres de la guerre leur furent cette fois épargnées. Besançon, assiégée, ne résista que quelques jours ; en mai, la province fit définitivement partie du royaume de France (annexion ratifiée au traité de Nimègue en 1678).
   Sous leur nouvelle nationalité, la situation des villageois ne dut guère changer. Ils payaient sans doute les mêmes dîmes, s'acquittaient des mêmes corvées auxquelles s'ajoutaient les impôts dus au roi de France. Mais ils allaient enfin connaître la paix et ils eurent alors loisir de reprendre leur vie de cultivateurs laborieux, délivrés de la menace de nouveaux saccages. En même temps, d'ailleurs, la population s'accroissait ; en 1970, on dénombra à Cirey 269 habitants.

Le village comptait d'ailleurs quelques ateliers artisanaux, tous sous la " mouvance " de l'abbaye évidemment. (mouvance : état de dépendance d'un domaine par rapport au fief dont il relevait).
Certes, les forges avaient fait place au moulin. Mais depuis 1720 environ, une tuilerie fonctionnait. En 1763, un descendant d'une famille de faïenciers de Nevers, Simon Coste, attiré par les ressources du pays, installa à Cirey un atelier de faïencerie où il utilisa les services de peintres et de céramistes habiles (cette faïencerie se situait à l'emplacement de l'actuelle maison Maurice Isabey).
   Leurs œuvres, de formes et de couleurs harmonieuses, jouirent vite d'une réputation élogieuse.
   Malheureusement, cette faïencerie changea plusieurs fois de propriétaire et, en 1780, le dernier en date, Jérôme Sirot, de Melun, décida, en raison du mauvais état des chemins rendant difficile l'écoulement des produits, de transférer son industrie à Rioz. Des faïences produites par cet atelier, il reste notamment une statue de Saint Antoine de Padoue, au décor polychrome, propriété des héritiers Cachot. Cette statue n'a jamais quitté Cirey, exception faite pour l'Exposition d'Art Comtois où elle a figuré en 1906.
   Quant à la tuilerie, vendue comme bien national en 1792 à un sieur Bourdon qui l'exploita longtemps, elle fonctionna jusqu'au début du 20ème siècle ; son dernier propriétaire fut un certain Louvet. (Le bâtiment existe encore, propriété de la famille Villain).
   Autre évènement qui dut agiter la vie de nos concitoyens, la reconstruction de l'église paroissiale. Primitivement, ce n'était qu'une chapelle cédée en 1143 à l'abbaye de Bellevaux par l'archevêque de Besançon, puis, en 1306, unie à l'église de Chambornay qui seule jouissait de la présence d'un curé résident. Dans la deuxième moitié du 18ème siècle, cette chapelle était si délabrée qu'il devint urgent d'en bâtir une autre.
   Les moines de Bellevaux, qui venaient de restaurer leur quartier abbatial, prirent prétexte de ces frais pour se récuser et l'église actuelle, à l'harmonieuse architecture - une des plus belles églises rurales de la région, remarquable notamment par son plan centré en forme de croix grecque, la claire harmonie de ses voûtes et de ses culs de four pénétrés par des oeils de boeuf à l'étage - est due en grande part aux efforts de ses paroissiens. Elle coûta, dit-on, 28 600 livres et, terminée en 1779, fut bénite le 31 décembre par le curé de Chambornay.

Depuis des années pourtant, un vent de réformes soufflait sur la France ; il semble qu'il ait atteint nos pays au début de 1789 ; une ordonnance royale invita les communautés à établir leurs cahiers de doléances et à nommer deux délégués pour se charger de les présenter à l'assemblée du baillage ; le cahier de doléances de la communauté de Cirey, en date du 21 mars 1789, fut approuvé par Colard, Costille, Cadet, Teinson, Pescheur, Caquart, Constance Mouffet, Baudez, Guillin, Hubert Tholomier (du Magny) et Claude-Antoine Nivelle, échevin en exercice. Les habitants de Cirey désignèrent pour les représenter, Simon Marquis, de Cirey, et Hubert Tholomier. Ces cahiers de doléances n'ont malheureusement pas été conservés et nous ne connaissons donc pas les revendications de nos concitoyens.
   Les évènements de 1789-1790 eurent naturellement leur répercussion à Cirey. Un décret du 14 décembre 1789 institua dans chaque bourg un corps municipal, élu par les " citoyens actifs, n'étant pas en état de domesticité et payant une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail ". Les mêmes citoyens actifs eurent à élire leurs délégués au conseil de district (cantonal) et les 400 élus de ces assemblées primaires désignèrent à Vesoul les 36 administrateurs du département. Le 6 juillet 1790, ce Conseil Général désigna un directoire de 8 membres " chargés de la liquidation des affaires générales des anciennes provinces ".
   C'est à ce moment - 1790 - que les hameaux de Neuves-Granges et de Marloz devinrent des communes indépendantes : ils comptaient alors 214 et 106 habitants.

L'administration des propriétés nationales causa beaucoup de soucis au Directoire du Département. Les municipalités avaient souvent laissé leurs administrés commettre toutes sortes de délits et le Directoire dut nommer des commissaires pour empêcher les déprédations effectuées dans les forêts et les maisons religieuses devenues biens nationaux.
   De plus, et bien que les dîmes de toute nature aient été abolies en août 1789, l'Assemblée avait décrété qu'elles continueraient à être perçues jusqu'à ce qu'eût été instituée une autre manière de subvenir " à la dépense du culte et au soulagement des pauvres ".
   Mais les paysans assujettis à la dîme, ceux qui avaient été fermiers des maisons religieuses tels ceux de Cirey ne l'entendirent pas ainsi. Tous les droits féodaux étant abolis, les ordres religieux propriétaires des fonds étant dissous, ils refusèrent d'acquitter leurs fermages.
   C'est ainsi que, le 28 août 1790, une troupe de particuliers auxquels s'étaient joints les gardes nationaux envoyés pour les contenir se porta à l'abbaye de Bellevaux, injuriant les 5 religieux qui restaient et menaçant les gardiens préposés à la conservation des biens du monastère devenu propriété nationale.
Ce rassemblement des communautés voisines de Bellevaux avait été provoqué par l'annonce du recouvrement des fermages non payés en 1789. Le Directoire fut obligé d'envoyer un détachement de cavalerie et, pour mettre fin à ces agitations, décida de procéder sans tarder au recouvrement des baux à ferme de l'abbaye (cf. Girardot : le département de la Haute-Saône pendant la révolution)
   Le 15 octobre, il fit vendre tout le bétail, le fourrage, les voitures et les chevaux du monastère, désormais abandonné par les religieux effrayés par les menaces proférées contre eux à cause de ces fermages dont ils ne bénéficiaient plus.
   Enfin, en 1791 eut lieu aux enchères dites " au feu " la vente des biens nationaux de la " ci-devant abbaye de Bellevaux " :
  • le 28 février 1791, les septième et huitième fauchées de Précumin furent acquises par Claude-François Fuselier, d'Anthon, pour 915 livres 12 sols.
  • Le 26 avril 1971, le pré dit de l'Etang Darembert, 3 fauchées trois quarts, acquis par Claude Colard, de Cirey pour 1 485 livres.
  • Le moulin de Cirey, avec toutes les aisances, bâtiments et dépendances, terres labourables et prés, acquis par J-Baptiste Lagrange, de Besançon, pour 25683 livres 11 sols 8 deniers.
  • Le pré dit de l'Etang Baudet, environ 10 faulx, y compris la chaussée, acquis par Joseph Grosjean pour 8 650 livres.
  • Le 27 avril 1791, le pré dit le Grand Pré des Planches (6 quarts et demi) entre le Cupillard et les Pêcheurs, acquis par Nicolas Chavanne, de Cirey, pour 547 livres 1 sol 4 deniers.
  • Le 30 avril 1791, un champ dépendant de la ferme de Bellevaux, 20 journaux de terre, 6 premières fauchées de Précumin et les bâtiments, aisances, dépendances de la Ferme de Bellevaux composée de chambres, grenier, situés aux Neuves-Granges, acquis par Claude Marquier pour le compte de sieur Pourchefrère demeurant à Salins, pour 12 561 livres….
  • Le 30 avril 1792, le pré des Islottes, autrement dit, l'Isle du Moulin, 9 faulx et demi, acquis par Pescheur, de Cirey, pour 5 habitants, pour 4 050 livres.
  • L'Islotte au Chaux, 1 faulx, et le petit pré des Planches 1 quart, 12 coupes, acquis par Colard de Cirey, pour lui et J.P. Pescheur, pour 1 200 livres.
  • Le pré de la Marconne, Le Grand Martin " entre le Loye et les Noirots ", et le Brin Bernard, 15 faulx l'ensemble, acquis par Jean Ferrand, d'Anthon, pour 4 700 livres.
  • Le 18 juin 1792, les 8 dernières fauchées de Précumin dit la Grande et le Petite " Accrue ", acquis par Pierre Grosjean, pour 10 600 livres après 15 surenchères, et par le même, pour 6 800 livres, les 9 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16 et 17ème fauchées de Précumin.
   Enfin, le 9 juillet 1792, la Tuilerie dite de Bellevaux, consistant dans le logement avec grange, chambre à " fourg ", la halle pour fabriquer la tuile, le " fourg " pour la cuire, environ 7 journaux trois quarts de terre labourable, le tout dépendant de la ci-devant abbaye, acquis par François Bourdon, demeurant à la Tuilerie, pour 3 150 livres après 23 surenchères. (document provenant des archives départementales de la Haute-Saône).
   Ainsi s'achevaient les rapports étroits qui avaient lié la commune de Cirey à Bellevaux. En 1795, les bâtiments de l'ancienne abbaye furent vendus à leur tour comme biens nationaux, et l'acquéreur les céda au général Pichegru. Celui-ci habita le quartier abbatial pendant une seule année, de sa démission général de l'armée du Rhin jusqu'à son élection au Cinq-cents (une des deux assemblées du Directoire) en l'an V. On dit qu'il y mena joyeuse vie et aussi qu'il y poursuivit maintes intrigues avec les agents du Prince de Condé et les émissaires des émigrés. Le peu de temps que Pichegru passa à Bellevaux lui suffit pour démolir une partie du cloître et faire raser la belle abbatiale dédicacée en 1143 et transformée au cours des siècles. La commune de Cirey racheta pour son église les reliquaires et les boiseries qui ornent encore les autels latéraux ; quant aux pierres tombales qui recouvraient les sépultures de ceux qui avaient désiré être enterrés dans la chapelle, religieux et seigneurs des environs (notamment l'archevêque Jehan de Rougement), elles servirent à payer les granges des villageois du coin.
   Pichegru parti, sa famille demeura à Bellevaux puisqu'en 1807, y décédait Etiennette Pichegru, " femme " Cadet, décès déclaré par son mari Claude Cadet et son frère, Jean-Louis Pichegru, prêtre (archives le l'église de Cirey). En 1817, leurs héritiers revendirent l'abbaye à Dom Huvelin, ancien moine du couvent de Sept-Fonds ; il y installa une communauté de 25 religieux qui y rétablirent la règle cistercienne, mais furent chassés par une émeute populaire en juillet 1830 et se réfugièrent en Suisse. L'abbaye devint alors une résidence particulière ; ses derniers propriétaires - la famille de Ganay - qui l'acquirent en 1839, l'entretinrent pendant plus d'un siècle. En 1957, le domaine fut vendu à l'Association des Cœurs Vaillants de Vesoul qui en fit un centre de colonies de vacances. C'est maintenant le foyer culturel bien connu de tous.

Mais il nous faut revenir en arrière pour parler du sort réservé aux reliques de St Pierre de Tarentaise
   On sait que ce saint homme, aussi remarquable par ses talents de diplomate que par son édifiante ferveur, abbé fondateur de l'abbaye cistercienne de Tamié en 1132, nommé quelques années plus tard archevêque de Tarentaise, fut amené à faire maints déplacements, tant pour consacrer de nouvelles abbayes cisterciennes que pour évangéliser les campagnes ou défendre les intérêts du Pape et des religieux menacés par des tentatives des schismes. C'est au cours d'un déplacement que, malade, brûlant de fièvre, après s'être désaltéré, dit-on, à la fontaine du Plombier qui porte son nom, il atteignit l'abbaye de Bellevaux où il mourut trois jours plus tard (14 septembre 1174). Il fut inhumé dans la chapelle du monastère, conformément à son désir, malgré les instances de l'abbé de Tamié et des chanoines de Tarentaise qui réclamaient son corps et furent désavoués par le Pape. Canonisé dès le mois de mai 1191, Saint Pierre de Tarentaise devint rapidement l'objet d'une grande vénération. On raconte même que, l'année qui suivit la canonisation, l'affluence des pèlerins fut si grande que les moines ne purent empêcher les femmes de franchir la clôture ; en pénitence, ils furent condamnés à un jour de jeûne, l'abbé à la coulpe ! Ultérieurement, le haut du corps du Saint fut partagé ente les abbayes de Tamié, de Citeaux, et le diocèse de Tarentaise ; à Bellevaux, restaient la tête et le bas du corps, ce dernier dans un sarcophage de granit rose : c'est ce sarcophage, maintenant vide, qui orne actuellement la chapelle gauche de l'église de Cirey.
   Arriva la période révolutionnaire, avec la suppression des ordres monastiques et l'interdiction de présenter des reliques à la vénération des foules. Le 24 juin 1791, la commune de Cirey acquit le sarcophage et un buste reliquaire en bois et les fit transporter dans l'église. Quelques jours plus tard, devant quelques notables dont le maire de Cirey et le curé constitutionnel de Chambornay qui desservait notre commune, le vicaire général vint ouvrir le sarcophage et reconnaître officiellement les reliques qu'il authentifia et scella. Est-ce cette démarche qui provoqua de nouveaux pèlerinages, malgré leur interdiction ? En 1793, la paroisse de Verne, dans le Doubs, s'étant déplacée au complet pour vénérer le Saint, les autorités départementales décidèrent de couper court à ce culte et, de Vesoul, fut délégué un membre du district nommé Henri qui, escorté de deux gendarmes, reçut pour mission de s'emparer des reliques.
   Non loin de l'église habitait alors une pieuse femme, Madame Veuve Pescheur, aïeule de la famille Caquard ; une tradition veut que cette dame, pour sauver au moins une partie des reliques, ait imaginé une ruse qui faillit mal tourner. Ayant guetté Henri à sa sortie de l'église, elle l'invita à se rafraîchir chez elle avec ses compagnons, et leur ayant fait déposer leur fardeau à la cuisine, elle les introduisit dans sa salle à manger ; pendant qu'ils se régalaient, retournée à la cuisine, elle tailla au couteau dans la dépouille du Saint ; encouragée par ce premier succès, elle se mit à scier un ossement ; mais le bruit fut entendu et, surprise par Henri, elle aurait subi de graves représailles sans l'intervention des gens de Cirey.
   Les reliques furent alors emmenées à Vesoul pour y être brûlées ; elles furent mises dans un placard où on les oublia, volontairement peut-être. A la reprise des cultes, elles furent données au curé de Vesoul qui les plaça dans une chapelle de l'église Saint Georges. Malgré les réclamations des habitants de Cirey et les ordres de l'archevêque, la fabrique de la paroisse de Vesoul refusa de les rendre sous prétexte qu'elle les avait sauvées de la destruction. C'est seulement en 1812 que l'église de Cirey en récupéra quelques fragments.

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LES TEMPS MODERNES

Revenons maintenant à la vie des gens de Cirey, désormais habitants d'une commune indépendante comptant 302 âmes ; c'étaient pour beaucoup des cultivateurs, propriétaires ou ouvriers (Colard, Grosjean, Laprend, Pescheurs, etc…) mais aussi des artisans, charpentier (Teinson), maréchal, " thuillier " (Bourdon), tisserand (Mouffet) etc…
   En attendant de pouvoir nommer un conseil municipal, le Préfet désigne le maire, Jean-François Grosrichard, et l'adjoint, Jean-Claude Riquet. Tous deux organisent la vie de leurs concitoyens ; un de leurs premiers soucis consiste à visiter régulièrement fours et cheminées, ce qui tend à prouver que, dans ces maisons vétustes, les incendies étaient fréquents. Après consultations des habitants, ils fixent l'ouverture des bans de fenaison, de moisson, ou de vendange (cette réglementation déjà ancienne, durera encore pendant plusieurs décennies). Dès 1800, ils invitent en ces termes leurs concitoyens à célébrer la fête du 14 juillet :
   Considérant que les habitants de cette commune n'ont aucun des moyens ordinaires dans les villes pour célébrer cette fête avec la pompe convenable, qu'ils ne peuvent témoigner autrement la joie qu'inspire la Liberté que par des chants patriotiques et par des danses champêtres ,

  • décide que le travail sera suspendu depuis la veille au soir (au son des cloches)
  • la séance commencera par des chants patriotiques, suivis d'un discours de l'adjoint, puis d'autres chants.
  • On se rendra ensuite au " pathis " entre les deux ponts, où les maris avec leurs femmes et les filles exécuteront des danses au son de la Lyre harmonieuse de l'Aveugle. On dansera et la fête se terminera par un hymne à la gloire du vainqueur de Marengo.

   Nos feux d'artifices actuels n'ont rien de comparable à ces réjouissances !!!
   Le 25 Vendémiaire an IX (1800), 8 conseillers municipaux sont nommés par le Préfet, dont Jean-Claude Colard, Jean-Claude Pescheur, François Bourdon etc……
   Autre évènement qui marquera la vie de la commune, la nomination d'un curé résident, l'abbé Mougnard, qui s'installera fin 1803.
   A cette occasion, Dournon est détaché de la paroisse qui comprenait Cirey, les Neuves-Granges, Marloz et Valleroy, et en échange, est annexé Vandelans qui, jusqu'alors relevait de Rigney.
   Quelques années plus tard, l'abbé Mougnard eut le souci de rétablir le culte de St Pierre de Tarentaise ; il offrit alors à la vénération des fidèles les fragments de reliques qui lui avaient été restitués : mais il avait omis d'en faire constater l'authenticité par l'autorité diocésaine. Averti, l'archevêque, Mgr Le Coz, délégua deux prêtres pour remédier à cette lacune. Comment le curé présenta t'il cette visite à ses ouailles, on ne le sait ; toujours est-il que les émissaires bisontins furent reçus " avec une violence et une indécence très punissables " par les paroissiens imaginant peut-être que les reliques seraient à nouveau enlevées. A cette occasion, l'abbé Mougnard reçut l'ordre de lire au prône une sévère admonestation de l'archevêque qui dut faire sensation (archives de l'église de Cirey) (mai 1812).
   Y avait-il difficulté à administrer la commune ? En tous cas, les maires et les adjoints se succédaient rapidement : en 1805, nomination de Jean-Claude Pescheur ; 1808, Jean-Pierre Pescheur. Entre-temps, Cirey s'était agrandi ; en effet, " par décret impérial du 23 avril 1807, la commune des Neuves-Granges était rattachée à Cirey, sa municipalité supprimée, ses papiers et registres transférés aux archives de la mairie de Cirey ".
   Le 10 avril 1808, la commune de Marloz subit le même sort, mais son maire déclara " qu'il n'existait pas de registre de mairie, ni de conseil ".
   Après ces deux annexions, la commune comptait 661 habitants au recensement de 1810. Mais les gens de Cirey devaient tenir à leur primauté ; en effet, quand en 1814, Nicolas Maillot, propriétaire aux Neuves-Granges, fut nommé maire par arrêté du Préfet, " sur commission extraordinaire du Roy " (Louis XVIII) ils adressèrent une supplique audit préfet pour le prier de choisir un maire à Cirey qui " compte autant d'habitants que les Neuves-Granges et Marloz réunis, alors qu'un " abitant " (sic) de Cirey, sincèrement éclairé par une longue expérience, connaît mieux que des étrangers le moyen de procurer une administration avantageuses pour le village de Cirey, qui est le chef-lieu de la paroisse.
   Le pays fut-il troublé par la fin des guerres napoléoniennes et l'invasion qui s'ensuivit, c'est probable car, en 1816, une ordonnance Royale (c'était alors le régime du concordat établi par Bonaparte qui faisait des prêtres des fonctionnaires appointés) ayant alloué une somme de 11 millions pour soulager les départements ayant " le plus souffert des malheurs de la guerre 1814-1815, la commune de Cirey se vit accorder 250 francs, à charge pour elle de nommer des répartiteurs " recommandables pour leur intégrité, leur impartialité et leur attachement au Gouvernement " (Nicolas Maillot et Jean-Baptiste Pescheur).
   Encore que le nouveau maire, Jean-Claude Rousset, et le conseil de fabrique aient eu quelques difficultés avec le curé Mougnard au sujet de l'inventaire des biens de l'église " tenus dans la plus grande malpropreté " (1816) (alors employé communal), les conseillers décident en avril 1817, " une occasion favorable s'étant présentée ", d'acquérir auprès des héritiers Cupillard une maison située près de l'église pour en faire un presbytère. Pour régulariser cette acquisition dont ils ont fait l'avance entre eux, ils demandent au préfet l'autorisation de vendre le quart de réserve de la commune, " ce qui leur permettrait en même temps d'acheter une maison pour le pâtre (alors employé communal) de creuser un puits au milieu du village, de remplacer les vases sacrés et d'acheter des ornements qui manquent à l'église ".
   Le 1er mars 1818, le maire renouvelle pour trois années " le marché de l'instituteur ". Celui-ci est chargé de " faire régulièrement la classe, d'enseigner aux enfants la morale de la religion catholique, à lire, écrire, le calcul décimal, le respect, l'obéissance et la soumission aux lois du Royaume, d'accompagner Mr le Curé dans toutes les communes où il portera les sacrements…. , de chanter les messes du dimanche et fêtes commandées par l'église…., de sonner l'Angélus la matin, à midi et le soir… Pour ce faire, l'instituteur recevait 400 francs annuellement, auxquels s'ajoutaient 18 francs pour " la remonte de l'horloge communale ". Les parents devaient lui payer chaque mois 40 centimes pour les enfants qui sont à l'alphabet, 50 centimes pour ceux qui sont à la lecture, 60 centimes pour écrivains et les calculateurs. !!
   A cette époque, l'école, le logement de l'instituteur et la maison commune étaient installés au fond de la ruelle, à gauche de l'actuel presbytère.

Autre souci pour les gens de Cirey, le mauvais état du grand pont. Déjà, en 1811, on avait pu lire, affichée à la porte de l'église, la mise en adjudication des réparations les plus urgentes ; mais cette demande était demeurée sans suite. La question fut reprise en 1818, le conseil sollicitant l'accord du Préfet pour consulter un architecte, le pont " se trouvant entièrement dégradé et risquant d'être emporté par les grandes eaux ". Un architecte vésulien ayant été désigné, la commune vota l'année suivante, (10 mai 1819) un crédit de 500 francs pour les réparations les plus urgentes, puis adopta, en mars 1821, le projet de reconstruction de l'ouvrage suivant un devis estimatif de 3 675 francs pour les premiers travaux ; mais pendant des années on discuta encore de la largeur à donner au nouveau pont et des moyens de financement à répartir entre les communes intéressées. Enfin, le 22 juillet 1846, le conseil sollicitait la permission de traiter avec l'entrepreneur et il fallut attendre 1849 pour inaugurer ce nouveau pont de pierre !

La réunion des trois communes devait souvent poser des problèmes de gestion car, dès 1819, le nouveau maire, Casimir Colard, et l'ensemble du conseil demandaient le détachement des Neuves-Granges et de Marloz, estimant " préjudiciable l'existence d'une seule mairie à Cirey, étant donné la distance qui empêche une bonne administration, le maire ne pouvant visiter que très rarement les écarts et s'informer de leurs besoins ". En 1846, le conseil demandera à nouveau le détachement de Marloz, avec l'idée de l'associer à Anthon et Dournon. Et la question sera encore examinée et approuvée au Conseil en novembre 1848. On sait qu'elle n'eût jamais de suite.

En septembre 1846, un nouveau conseil municipal est nommé par le Préfet. Le maire désigné, Jean-Baptiste Caquard, " rentier " à Cirey, et les 9 conseillers, Benoît Michaud, Jean-Claude Colard, Claude-François Maillot, etc… prêtent individuellement serment, jurant " fidélité au roi des Français (Louis-Philippe), obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume.
   La tâche de ces conseillers n'était pas facile ; en effet, les récoltes de 1846 avaient été désastreuses et à Cirey comme dans tout le pays, la misère était grande. Aussi le 2 février 1847, pour ajouter aux secours envoyés par le gouvernement, le conseil " considérant que bon nombre de familles manquent d'ouvrage et de tout secours nécessaire aux besoins de la vie à la maison à raison de la cherté des denrées et du grand laps de temps qu'il y a à parcourir d'ici à la moisson, ouvre un crédit de 2 OOO francs - somme très importante pour l'époque - destiné à être utilisé en réparations sur les chemins vicinaux à condition d'y Employer exclusivement des journaliers de la commune.
   D'autre part, une somme de 1 500 francs était allouée pour " soulager les indigents des trois sections qui (étaient) dans un extrême besoin et hors le cas de pouvoir travailler, vieillards, infirmes et enfants en bas âge ". Ces dépenses extraordinaires, s'ajoutant au règlement de la construction du pont sur l'Ognon, devaient donner bien du souci aux édiles de l'époque.

En février de l'année suivante, (1848), la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe était renversée. Cet évènement national eut sa répercussion à Cirey comme ailleurs ; dès réception de l'arrêté préfectoral, le 12 mars, le maire Caquard réunit toute la population, lut publiquement la proclamation gouvernementale et dit à l'assemblée " une courte harangue " sur la nécessité de s'attacher au Gouvernement provisoire et à la République, de se réunir pour maintenir l'ordre et réprimer les abus en cas de besoin. Chacun a applaudi, l'adhésion a été générale. Après ce petit discours, le maire a terminé par " Vive la République ".
   Cependant, l'agitation politique des villes n'eut pas davantage d'écho à Cirey et seules les questions d'intérêt local retinrent dorénavant l'attention du Conseil Municipal. En 1849, il s'oppose au Préfet qui propose l'élargissement d'une partie du chemin vicinal entre les murs du château de Bellevaux et " un canton de vignes " des Neuves-Granges ; 7 m33 paraissent suffisants !
   Par contre, le 1er février 1850, le conseil envisage de créer six foires annuelles, " vu la nécessité de donner à la commune de Cirey des débouchés qui favorisent la vente de ses produits et que cette commune, placée sur l'Ognon dans un beau plateau, (est) entourée de nombreuses communes avec lesquelles elle communique par une grande quantité de chemins vicinaux ".
   Le champ de foire devait être établi sur un terrain communal, situé entre les deux ponts ; les dates étaient même fixées, mais le projet n'eut jamais de suite.
   En France, les régimes se succédaient ; la municipalité de Cirey était stable. Avec les années, le maire Caquard, l'adjoint Benoît Michaud, renommés, prêtaient serment de fidélité au Président (7 août 1852), puis à l'empereur (le prince président, devenu Napoléon III) (5 février 1853). Faisaient de même les huit autres conseillers, désormais élus, dont François Teinson, Hippolyte Colard, Ignace Maillot, François Noël, etc….
   L'entretien des chemins faisait souvent l'objet de leurs délibérations ; certes, ils avaient refusé, en 1851, de participer à l'élargissement de la route de Rioz à Etuz, comme de celle de Pouligney à Moncey. Cependant, et malgré la charge que leur imposaient les chemins vicinaux, ils donnaient le 15 août 1854 un avis très favorable au renforcement et à l'élargissement de la route de Loulans à Voray qu'ils réclamaient depuis des années.
   1°) Parce que cette ligne est la plus directe pour aller à Besançon où s'écoulent tous les produits agricoles de cette contrée ;
   2°) Parce qu'il existe à Loulans une usine considérable qui n'a point de débouchés dans nos villages et qu'en outre, on construit en ce moment à Beaumotte une usine de " drapperies " (sic).
   3°) Parce qu'entre Cirey et Beaumotte, sur les territoires de Vandelans et la Barre, il n'existe même pas de chemin vicinal ; sur une longueur d'environ 500 mètres, il n'y a qu'un chemin d'une largeur de 2 mètres où on ne peut croiser.
   Vandelans et la Barre se déclarèrent hostiles à ce projet, étant reliés à Rigney, malgré les risques d'inondations, par un bac !
   Quelques années plus tard (1861), Cirey applaudit au projet préfectoral de classement de cette même route qui doit apporter à la vallée " vie et mouvement " et la commune promet de participer aux travaux " par ses prestations et ses deniers ".

En 1854, une sérieuse épidémie de choléra frappa les habitants de Cirey ; on nota dans l'année, 52 enterrements, chiffre anormalement élevé, et en 1855, le conseil inscrivit à son budget un crédit de 358 francs pour régler les dépenses relatives à cette maladie, puis un nouveau crédit de 235 francs pour payer les médecins qui avaient soigné les malades indigents. Encore que bien sommaires, les services médicaux commençaient-ils à s'organiser ? En 1859, il se créera un service de médecins cantonaux devant se déplacer à jour fixe pour assurer " la vaccine ".
   La distance séparant Cirey des sections devait poser des problèmes aux enfants qui, l'hiver, descendaient à l'école communale ; le conseil para à cet inconvénient en nommant, pour la mauvaise saison, des " sous-maîtres " chargés de l'instruction des enfants des écarts. A cette intention, il vota en 1857 une somme de 100 francs à répartir entre les deux sections. En même temps, il se préoccupait de la situation précaire des institutrices dont les émoluments sont extrêmement modiques et à qui " la rétribution scolaire échappe souvent parce qu'elles n'osent pas engager des poursuites pour se faire payer ". Le taux de rétribution pour les petites filles devint l'égal de celui des garçons.

La question de l'eau potable occupa bientôt les travaux du conseil pendant de multiples séances. Jusqu'alors, les habitants de Cirey ne disposaient que de puits, dont un puits communal près de l'église, dans l'actuel jardin Grivet, et quelques puits chez des particuliers, tous donnant de l'eau " de très mauvaise " qualité ; d'autre part, le bétail devait se désaltérer à la rivière ou au canal, ce qui posait des problèmes par temps de glace. En 1858, la municipalité admit donc le principe de faire construire une conduite d'eau desservant Cirey depuis une source et dégagea les crédits nécessaires. L'année suivante, elle opta pour des tuyaux de fonte, plus onéreux, mais plus solides que ceux en terre cuite (coût 19 000 francs), et sollicita l'autorisation préfectorale pour faire élever des châteaux d'eau et passer des canalisations dans la forêt communale.
   Restait à régler l'implantation des fontaines et des abreuvoirs ; en novembre 1860, le maire Caquard faisait don d'un terrain, le long de son clos, pour installer une fontaine dans la patrie ouest de Cirey. Bientôt, d'autres propriétaires cherchèrent à bénéficier de la proximité d'un abreuvoir et firent assaut de générosité, sans doute intéressée. C'est ainsi que pour la fontaine au milieu du village, on ne put départager Hippolyte Colard et Claude Simonin ; les conseillers, par mesure de conciliation, optèrent pour un moyen terme en acceptant le terrain offert par Etienne Vuillier, entre les deux autres.
   Par la suite (1861), devant les réclamations justifiées des habitants de l'est de Cirey qui se trouvaient défavorisés, le conseil adopta le principe d'une nouvelle fontaine, après avoir dû persuader l'administration que le débit de la source était suffisant et que cette construction ne priverait pas d'eau les fontaines placées plus bas.
   Quant aux écarts, ils ne furent pas oubliés et Marloz, qui disposait d'une fontaine bien avant Cirey, reçut, peu après, les crédits nécessaires à sa restauration.
   Pourtant, les dépenses ne manquaient pas. En 1861, la cloche de l'église étant hors de service, le conseil dut envisager son remplacement et opta même pour deux cloches, la seconde étant réglée par souscription paroissiale. Sa confection en fut confiée à un fondeur vosgien, Martin Rosier, pour le pris de 3F50 le kilo augmenté de 150 francs pour les frais de dépose et installation, étant entendu que la cloche usagée était reprise pour 3F le kilo.

Mais, plus grave encore, les bâtiments de l'école et de la maison commune étaient dans un état lamentable. Déjà, en 1857, parant au plus pressé, on avait dû effectuer d'indispensables réparations à la charpente de la maison d'école. Leur transfert s'avérait indispensable. Le conseil envisagea, pour ce faire, deux parcelles situées au milieu du village, susceptibles d'être achetées ou échangées contre un terrain communal ; ces terrains étant confinés au nord par le jardin de la cure, une portion de celui-ci pouvait être libérée en contrepartie des " vieux grangeages ". Ce projet séduisant était adopté par la municipalité en 1860, mais la réalisation en fut lointaine, faute de moyens. Les subventions pour les écoles n'arrivaient pas vite malgré les demandes réitérées et le conseil, après un incendie à l'ancienne maison commune (1863) (est-ce à la suite de cet incendie que le conseil municipal envisagea de créer une compagnie de sapeurs-pompiers ?), dut encore procéder à d'indispensables réparations aux écoles (1864). En 1868, il se prononça définitivement en faveur de la construction d'une maison d'école à deux classes sur le terrain envisagé précédemment, jouxtant de préférence, la future maire. Pour cette dernière, on put heureusement acquérir, en 1877, un terrain rendu libre par l'incendie qui avait ravagé un bâtiment appartenant à la famille Roussey. Ainsi, se trouvaient dégagés, au milieu du village, l'ensemble des terrains nécessaires à la construction projetée ; Mais c'est seulement en 1881 que furent votés les crédits nécessaires en même temps que le principe d'un emprunt qui devait compléter les subventions reçues. (C'était là sans doute la conséquence des lois scolaires votées la même année, à l'instigation de Jules Ferry, instituant l'enseignement primaire gratuit et obligatoire).
   Enfin, le 9 novembre 1884, les archives communales étaient transférées dans la nouvelle mairie et l'ancienne louée aux enchères.

Revenons une nouvelle fois en arrière : les questions d'eau n'avaient pas été épuisées avec la construction des fontaines. En 1866, la commune de Valleroy proposait d'acheter à Cirey une concession de 60 litres d'eau à la minute " à prendre dans le récipient de la fontaine qui prend sa source dans le village des Neuves-Granges ". Pour un engagement perpétuel, Valleroy offrait 4 000 francs et Cirey était d'avis d'accepter, " vu que la fontaine des Neuves-Granges donne en temps ordinaire 320 litres d'eau à la minute, vu que cette quantité d'eau dépasse de beaucoup les besoins de ses habitants. " Toutefois, les conseillers représentant le hameau concerné (Benoit Michaud, Jean-Claude Zéder, Ignace Maillot) posèrent comme condition que la somme versée serait exclusivement dépensée dans leur section.
   L'accord fut donc signé avec Valleroy sous la réserve que si, par suite de force majeure, le débit de la source ne permettait plus de satisfaire les besoins des Neuves-Granges estimés à 200 litres, aucun dédommagement ne serait dû. Ce risque paraissait minime car, " de mémoire d'homme, le débit de la source n'avait jamais varié ". Quelques années plus tard (1876), une autre source des Neuves-Granges fut vendue à la commune d'Aulx-lès-Cromary pour la somme de 1 250 francs, somme qui servit à refaire la maison d'école de cet écart (complétée par souscription des habitants).
   Quant à Cirey, le conseil décida (10 février 1867) de vendre à l'enchère le recépage d'un terrain communal sis à " la côte au Musit " pour 150 francs, dans le but d'acheter un lopin dans le bourg et d'y construire un lavoir demandé par tous les habitants et alimenté par le trop-plein d'une fontaine.
   L'agitation de la classe politique parisienne et la déclaration de guerre avec l'Allemagne ne semblent pas avoir eu d'écho à Cirey. D'ailleurs, les nouvelles ne se transmettaient pas vite. Un nouveau conseil municipal ayant été élu, le maire Caquard et l'adjoint Michaud renouvelés dans leurs fonctions, tous, le 4 septembre 1870, procédèrent à la prestation de serment habituelle et jurèrent " obéissance et fidélité à l'Empereur ". Le même jour, l'armée ayant capitulé à Sedan et Napoléon III étant prisonnier des Prussiens, la République était proclamée !
   En août 1871, le conseil municipal sera renouvelé, le maire Caquard reconduit, et l'adjoint sera François Bonnamy, des Neuves-Granges.
   Cependant, après les échecs du général Bourbaki, la guerre s'était approchée de nos régions. L'armée française du général Cambriels, chargée de défendre Besançon, avait descendu l'Ognon. On se battit durement à Voray et à Buthiers, pour atteindre la Saône, cependant, que les Badois arrivaient par Rioz. Cirey ne fut pas champ de bataille, mais occupé par les armées ennemies et ses habitants furent victimes de réquisitions ou de vols.
   Le territoire libéré, le conseil envisagea d'indemniser les gens spoliés. Qui avait perdu des chevaux, des bœufs, des moutons, qui avait dû fournir des céréales ou du vin, qui s'était vu déposséder de voiture, de harnais etc…. Or, la commune avait à faire face à d'importantes dépenses, notamment pour la maison d'école et ne pouvant vendre ses rentes sur l'Etat en raison de leur baisse, elle contracta un emprunt qui lui permit de parer au plus pressé. L'Etat, d'ailleurs, assura le paiement de ces dommages de guerre, mais seulement en 1874.

Au cours de l'année 1873, un différend avait opposé les édiles à Monsieur Joseph Hautberg, demeurant à Calmoutier, propriétaire du moulin de Cirey. Ce dernier avait demandé au Préfet de mettre à la charge de la commune les frais de curage du canal en aval de son moulin et de réparation du petit pont sur ledit canal. Le conseil repoussa cette requête, estimant que ce pont avait été construit, non par la commune, mais par les moines propriétaires du moulin, que le canal avait été creusé dans le seul intérêt de l'usine et que, sans cet ouvrage, Cirey serait baigné " par le lit tout entier de la rivière, ce qui serait assurément préférable ", pour servir d'abreuvoir et de lavoir, qu'enfin c'était seulement l'existence du canal qui avait entraîné la nécessité d'un pont.
   En 1899, le conseil, sollicité à nouveau pour le curage du canal, confirmait que les frais devaient en être laissés exclusivement à la charge du meunier.
   D'ailleurs, la commune ne pouvait supporter des charges supplémentaires, la reconstruction du grand pont grevant déjà son budget. Elle avait aussi à subvenir aux frais d'élargissement de la route de moyenne vicinalité n° 26 (Voray-Loulans) à son arrivée dans Cirey, laquelle se trouvait rétrécie entre le mur du cimetière et les propriétés Humbert et Mouffet, d'où achat de terrain auprès des particuliers. Par contre, la fabrique se chargea de régler l'acquisition d'un champ situé au nord du cimetière, destiné à compenser la partie récupérée pour l'élargissement de la route, et les prestataires furent employés à déplacer la terre des anciennes sépultures.
   Cette route, d'ailleurs, absolument nécessaire à la vie de la vallée, faisait souvent l'objet de controverses entre la commune et l'administration ; cette dernière avait eu l'intention de faire passer le chemin par Bellevaux, d'où allongement et accès difficile à Cirey ; après avoir obtenu le maintien de la route du Plombier, le maire se heurta à nouveau aux représentants de l'administration qui préconisaient un tracé passant par Vandelans et la Barre pour gagner Beaumotte ; le conseil s'opposa à cette proposition, alléguant à juste titre les kilomètres supplémentaires.
   Les dépenses de l'instruction primaire, elles aussi, pesaient annuellement sur le budget communal. En 1875, par exemple, l'instituteur recevait 800 francs pour l'année, l'institutrice 500 francs ; la location d'une maison pour l'école des filles coûtait 60 francs, le bois pour le chauffage des locaux 90 francs et il s'y ajoutait une indemnité pour les sous-maîtres des écarts. En regard, la participation des parents ne s'élevait qu'à 200 francs.
   Et naturellement, les frais imprévus ne manquaient pas. C'est ainsi qu'à la suite d'un incendie chez un particulier, Jean-François Roussey, le 29 août 1877, la commune dut faire appel aux pompiers de Rioz, Rigney et Chambornay. Après l'effort, les hommes du feu se restaurèrent largement et il fallut régler à l'aubergiste Alphonse Burgerey 122,22 francs pour 149 litres de vin (47 centimes ½ litre, le litre ?), 125 litres de bière, un double décilitre d'avoine, etc… et à l'épicier Hippolyte Colard une dizaine de francs pour divers achats de café, chicorée, fromage de gruyère (1 kg 750 pour 4 F 20 !), etc…
   De plus, le maire de Rioz ayant réclamé une indemnité de 17 F 50 pour la participation de ses pompiers, le conseil, beau joueur, acquiesça, tout en soulignant que jamais semblable demande n'avait été émise.

Jusqu'à cette époque, les réunions du conseil semblent s'être déroulées dans l'harmonie; les résolutions étaient votées par tous les conseillers présents et le maire Caquard constamment réélu ; en 1874 (adjoint : François Bonnamy), en 1876 et 1878 (adjoint : Benoit Michaud).
   A partir de 1881, il en alla tout autrement. Aux élections de janvier de cette année là, il fallut un second tour pour départager Caquard et Michaud, lequel renonça alors à son poste d'adjoint en faveur de Vuillemot. Mais l'élection du maire ayant été invalidée par le Conseil de Préfecture, Caquard et Michaud se retrouvèrent candidats rivaux : les conseillers étaient alors au nombre de 10 ; il fallut trois tours de scrutin et Michaud fut élu maire au bénéfice de l'âge. Les querelles personnelles ou politiques allaient désormais perturber la vie de la commune pendant des années.
   Avec les élections de mai 1884, les tensions s'aggravaient encore et c'est de nouveau au bénéfice de l'âge que Benoit Michaud fut élu maire contre jules Sauzay. Dès lors, les problèmes de gestion demeureront souvent en suspens, MM Sauzay, Léon Cachot, Zéphyrin Burgerey et Vuillemot, représentants de Cirey, refusant de se rendre aux séances ou d'approuver le compte administratif du maire qu'ils jugeront inexact. En 1885, la plupart des séances seront ajournées, faute de quorum ; devant cette carence, le budget ne put être voté, et dut être établi par le Préfet en avril 1886, ce qui ne le fit pas approuver pour autant, 5 conseillers s'étant abstenus. Finalement, le maire renonça à son poste et les 5 élus de la section de Cirey démissionnèrent.
   Avec la nouvelle assemblée, on put croire l'harmonie rétablie car le maire Vuillemot fut élu à l'unanimité. Mais ce fut de courte durée. A leur tour, les représentants des sections furent vite amenés à refuser leur vote, et Vuillemot démissionna. Réélu le 3 avril 1887, il se récusa et le 17 du même mois, le conseil, apparemment toujours divisé, portait à sa tête Léon Cachot. Etait-ce la paix retrouvée ? Ce n'était qu'une illusion car, dans les mois qui suivirent, les réunions du conseil furent fréquemment ajournées du fait des représentants de l'un ou l'autre bord, ce qui entraîna la démission du maire et de trois conseillers de Cirey ? Le 30 octobre 1887, Cachot était réélu avec Eugène Grangeot, Zéphyrin Burgerey et Jean-François Roussey ; porté à la mairie, il démissionna un mois plus tard, et fut réélu maire le 8 décembre. Ces querelles intestines ne pouvaient qu'être préjudiciables à la bonne administration de la commune.
   A la suite des élections générales de mai 1888, Cachot et Philippe Jacquet furent élus maire et adjoint par 9 voix, ce qui tend à prouver que la paix était définitivement rétablie.
   Le premier travail du nouveau conseil fut de se prononcer pour le maintien de l'école des filles de Cirey, menacée par ce que le bourg comptait moins de 400 habitants. (Marloz et les Neuves-Granges avaient des écoles mixtes). Le conseil fit valoir que la commune jouissait d'un local neuf et qu'il était très désirable de procurer, conformément au vœu de la loi et à celui de familles, une éduction distincte et spéciale aux filles de Cirey, à ce moment bien plus nombreuses que les garçons. La municipalité s'engageait à pouvoir intégralement au traitement de l'institutrice.
   Les édiles prirent des décisions novatrices, comme celle d'implanter dans la commune des cépages américains pour reconstituer les vignes détruites par le phylloxera, ou comme la création d'un poste d'observation météorologique dans le jardin de l'instituteur.
   En 1893, il sévit dans la région une sécheresse catastrophique et les habitants de Cirey furent autorisés à mener paître leurs bêtes dans les bois du château de la Barre. Pour la même raison, la municipalité interdit la chasse en plaine aux étrangers de la commune. Devant la gravité de la situation, l'ingénieur du service Hydraulique de Vesoul fut amené à mettre gratuitement à la disposition des communes de Cromary, Buthiers et Cirey la pompe rotative du Service de la Saône afin d'irriguer leurs prairies à l'aide la force motrice produite par cette machine à vapeur. Malheureusement, cette pompe n'était pas montée sur roues ; le mécanicien Burgerey y remédia : mais, au moment où tout fut prêt, la pluie se mit à tomber.
   En 1894, se posa la question onéreuse de la reconstruction du grand pont. Le conseil débloqua un crédit de 1O OOO francs à cette intention, tout en sollicitant l'aide du Conseil Général. Finalement, les choses ne s'arrangèrent pas mal puisque la dépense, arrêtée en 1895 à 46 OOO f, se décomposa ainsi : 9 509 à la charge de la commune, 15 857 à celle du Département, 20 194 pour l'Etat. On pouvait désormais traverser l'Ognon en toute tranquillité.
   Tranquille aussi semblait être la vie à Cirey où les soucis quotidiens accaparaient sans doute les gens, mais où le calme était revenu puisque aux trois élections successives (1892 - 1896 - 1900), le maire Cachot fut toujours reconduit dans ses fonctions.
   En juin 1900, pour faciliter l'installation à Rioz d'un jeune vétérinaire, Lucien Monnet (futur maire de Voray), Jules Jeanneney (futur président du Sénat), maire du chef-lieu de canton, demande à ses collègues une légère participation pour assurer à ce praticien une annuité d'installation de 500 francs pendant 3 ans. Les avantages pour les cultivateurs étant évidents, le Conseil accorde à l'unanimité l'indemnité annuelle de 10 francs qui lui est demandée.
   Par contre, en 1902, eu égard à la situation financière de la commune, il déclare que celle-ci ne peut être comprise dans le projet de construction d'un réseau téléphonique. Il exprimera d'ailleurs les mêmes regrets en 1906.
   En 1904, Edmond Zédet accède à la mairie (mais Léon Cachot retrouva son poste de maire en 1908 et 1912 ) et le Conseil s'assure le concours d'un secrétaire de mairie en la personne de l'instituteur.
   En 1905, la commune de Chambornay acquiert pour 1 899 francs l'excédent de la source de " la fontaine aux loups ", située sur le territoire des Neuves-Granges, source dont une partie (50 litres à la minute) a déjà été cédée à Aulx-les-Cromary en 1876. Or, cette dernière localité n'a jamais effectué le travail nécessaire pour utiliser l'eau dont elle s'est rendue propriétaire. Chambornay devra donc s'entendre comme bon lui semblera avec la commune d'Aulx-les-Cromary pour le partage de cette eau sans la moindre intervention de la commune de" Cirey qui décline toute responsabilité dans les travaux de captation, d'analyse ou de conduite.
   En juin 1906, en raison de la présence à Cirey de " 2 boulangers-épiciers ", d'un menuisier, de plusieurs mécaniciens et rentiers, sans tenir compte des fonctionnaires ", "le Conseil demande à l'administration postale qu'il soit procédé à une seconde levée de la boite aux lettres afin que les habitants de Cirey puissent répondre " sur le champ " à leurs correspondants. Et cette requête reçut satisfaction!
   Quant aux promenades en forêts, elles devaient présenter quelques risques car, en 1907, la commune dut ouvrir un crédit de 3 F (!), montant de sa participation à la destruction des loups dans le massif forestier dont ses bois faisaient partie.
   Nouvelle amélioration, la mise en place, en 1909, d'une bascule publique près du petit pont.
   Enfin, après une acquisition d'une nouvelle pompe aspirante et refoulante, le conseil demande en 1911, la création d'une subdivision de sapeurs-pompiers qui sera constituée le 16 juin 1912. Feront partie de la première équipe, Louis, Léon, Paul et Joseph Burgerey, Eugène Roussey, Joseph et Henri Chevassut, Maurice Gros, Just et Adolphe Noël, etc…
   La même année, il fut nécessaire d'effectuer des réparations aux toitures de l'église et du presbytère. Il faut préciser que, depuis 1905, le régime des cultes était changé en France à la suite du vote de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Les conseils de fabrique avaient donc cédé aux communes la propriété des édifices cultuels et des presbytères, d'où la nécessité d'inscrire au budget la somme utilisée pour les travaux.
   A la rentrée scolaire de 1912, l'école de filles est supprimée et l'école de garçons transformée en école mixte.
   L'année suivante, Cirey se dote d'un élément de confort appréciable ; alors qu'en 1904, la municipalité n'avait pas accepté les propositions de la Société Flusin-Fournaud, de la station électrique de Moncey, celle-ci se voit accorder pour 40 ans, la concession de l'éclairage électrique du village. (Rappelons qu'à cette époque, les abonnements étaient souscrits au nombre de lampes, sans limite de consommation).

Avec la déclenchement des hostilités, en 1914, il ne fut plus question d'engager des dépenses hors celles d'assistance ou de gestion, mais plutôt d'accorder des exonérations. Le 25 octobre 1914, le conseil souhaita " bonne santé et prochain retour " aux conseillers mobilisés pour la durée de la guerre : Jules Michel, Just Noël, Eugène Roussey, Louis Bergerey, Ovide Maillot. Et comme toutes les communes de France, Cirey dut vivre au rythme de la guerre, appauvri par les réquisitions, privé du travail des hommes, mais surtout plongé dans l'angoisse pour le sort des combattants.
   On sait d'ailleurs quel lourd tribut le village paya pendant ces quatre années d'hostilités, puisque 12 de ses enfants ne revinrent jamais.

Le Maire Cachot étant mort en septembre 1918 et l'adjoint faisant fonction, Alfred Noël, quelques mois plus tard, Jules Michel assuma leurs responsabilités jusqu'aux élections de 1919, lesquelles portèrent Edmond Zédet à la tête de la commune. La paix revenue pour la France allait permettre à Cirey de reprendre son développement.
   Après l'électricité, le téléphone : il est demandé en 1924 avec l'accord de la municipalité par le meunier Emile Hautberg qui propose d'assurer gratuitement la gérance de la cabine.
   Quelques automobiles devaient, de temps à autre, traverser le pays. Aussi, en 1924, un arrêté est-il pris pour en limiter la vitesse à 8 km/h ! Un an plus tard, cette vitesse est portée à 12 km/h ; 1934 à 20 km/h (10 km pour les poids lourds).
   En vue des élections de mars 1925, le nombre des conseillers est porté à 11, mesure devant faciliter le votre des résolutions, Emile Hautberg est élu à la mairie ; mais le scrutin des sections est annulé en conseil de préfecture et Monsieur Hautberg renonce à son poste. Les élections partielles de septembre ramèneront les mêmes conseillers, lesquels choisiront Jules Michel et Just Noël comme maire et adjoint.

Jusqu'à ce moment, les habitants de Cirey devaient chercher l'eau aux fontaines communales, ce qui avait amené plusieurs d'entre eux à demander des concessions à domicile. En 1927, " devant l'abondance et la proximité des sources qui alimentent les fontaines publiques dans des conditions d'approvisionnement exceptionnellement favorables ", le conseil décide d'acquiescer à ces requêtes : il pourra donc être accordé des concessions particulières, strictement réglementées et exclusivement limitées à deux robinets. Le tarif est de 50 F pour le premier robinet, 35 F pour le second.
   Dans les mêmes conditions, une seule concession d'eau est demandée à Marloz et sera accordée.
   A la suite des élections de 1929, Victor Grosjean et élu à la tête de la commune. Mais ses fonctions de receveur buraliste étant incompatibles avec celles de maire, il sera obligé de démissionner ; en janvier 1930, Henri Guillemin lui succèdera.
   Pendant son mandat, le conseil envisagera l'électrification de Marloz et des Neuves-Granges.
   C'est Francis Jacques qui prendra la relève, après les élections de " mai 1935, avec Eugène Roussey pour adjoint.
   Un des premiers soins de la nouvelle municipalité sera de réaliser l'extension du réseau de distribution électrique. Dix an plus tôt, la Compagnie Electrique de Franche-Comté (qui avait succédé au Ets. Flusin-Fournaud) avait proposé l'installation d'une nouvelle ligne à haute tension, mais la municipalité n'avait pas donné suite à cette offre, considérant " que la commune était exclusivement composée de cultivateurs et que l'emploi de moteurs électriques n'était pas à envisager pour le moment " ! Or, en une décennie, les choses avaient évolué et l'Etat proposant une subvention intéressante, le conseil envisagea de transformer rapidement le réseau existant en triphasé (février 1936). En même temps, devaient être engagés les travaux d'électrification des Neuves-Granges et de Marloz prévus antérieurement et pour lesquels la commune contracta un emprunt. Mais, c'est seulement en 1937 qu'aura lieu la mise en service des nouvelles installations et, en août 1938, le conseil accorda définitivement après enquête la concession de distribution d'énergie électrique pour l'ensemble de la commune à la Société des Forces Motrices de l'Est, étant donné " que cette distribution est parfaitement assurée depuis la mise en service des nouvelles installations ". (Toutes les sociétés privées de distribution d'électricité furent nationalisées après la guerre 1939-1945, pour former l'E.D.F.).
   Autre facilité accordée aux habitants de Cirey : depuis 1937, l'auto-car de la Société des Monts-Jura assurant le service Besançon-villersexel desservait la commune. En dédommagement, le conseil accordait une subvention annuelle de 100 F à cette entreprise. (Quelques 15 ans plus tard, ce service ne fut plus quotidien ; puis, devant le développement de l'automobile, il fut complètement supprimé).
   Pour augmenter les revenus de la commune, la Municipalité modifiait la réglementation de 1927 sur les concessions d'eau et portait à trois le nombre de robinets autorisés, attendu que c'est la section du tuyau de prise d'eau qui limite le débit accordé à chaque abonné. Il était aussi permis d'utiliser l'eau dans les étables pour les besoins du bétail.
   Depuis 1936, la pratique de la pêche était facilitée ; En effet, les propriétaires riverains avaient abandonné à la commune leurs droits de pêche pour une durée de 3 ans ; seuls, les pêcheurs étrangers à Cirey étaient tenus d'acquitter un droit.
   Quant à la chasse, elle devait être aussi favorisée puisqu'en juillet 1939, le conseil décidait de donner les droits de chasse dans les bois et les terrains communaux en location à l'Amicale des chasseurs de Cirey pour une redevance annuelle de 400 francs. Cette redevance ne fut pas mise en recouvrement (décision du 11 octobre) car, entre temps, la France était entrée dans la guerre.

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LA PÉRIODE CONTEMPORAINE

Comme en 1914, les hommes mobilisables étaient partis ; comme en 1914, une notable proportion des chevaux et des bêtes à cornes furent réquisitionnés par l'intendance, compliquant le travail de ceux qui restaient à la ferme et à qui manquaient déjà les bras des plus jeunes. Une fois encore, le village allait connaître l'attente anxieuse des nouvelles, la venue des permissionnaires, les jours sombres ; l'hiver, d'ailleurs, fut très froid, et les vieux rappelaient ce qu'ils avaient entendu raconter de celui de 1879-1880, pendant lequel l'Ognon avait gelé sur toute sa largeur.
   En mai 1940, comme partout en France, la nouvelle de la foudroyante attaque allemande plongea les gens de Cirey dans l'angoisse. Ils vécurent ainsi que tous les Français à l'écoute de la radio qui, chaque jour, apportait son lot de mauvaises nouvelles, comprenant que le désastre devenait inéluctable. En effet, dans les mêmes temps qu'ils apprenaient la demande d'armistice, une colonne motorisée allemande arrivait par Rigney et occupait Cirey. Elle y demeura jusqu'aux derniers jours de juillet, puis le calme se rétablit dans la commune qui, désormais, faisait partie de la zone interdite (à la suite de l'armistice, du 25 juin 1940, la France fut divisée en deux zones, libre au sud, occupée au nord. Cette dernière comportait dans ses parties frontalières une zone interdite où les contraintes étaient plus sévères, notamment en matière de circulation). Et en même temps qu'on dénombrait les prisonniers retenus outre-Rhin, Cirey s'installait dans les années noires qui suivirent la défaite. Certes, ses habitants ne connurent pas la disette qui sévissait dans les villes, il n'y eut pas de queues devant les boutiques d'alimentation ! Mais les cultivateurs durent faire face aux exigences de l'occupant et livrer, qui des céréales (blé et surtout avoine), qui du bétail ou des pommes de terre, qui même une partie du charbon de bois qu'il produisait puisque, avec la pénurie d'essence, les camions fonctionnaient au gazogène. Bientôt, les tickets d'alimentation apparurent, qui réglementaient sévèrement les distributions de viande, d'épicerie, de vin, de vêtements et de tabac. Et il y avait des bouches supplémentaires à nourrir : des parents venus de grandes villes, Lyon surtout, s'étaient réfugiés au village, et pour eux, on avait réquisitionné des logements ; aux citadins amis qui manquaient de tout, il fallait expédier des colis familiaux ; des réfugiés alsaciens arrivèrent, puis, en 1943, des enfants des écoles de Noisy-le-Sec, dans la banlieue parisienne, pour lesquels l'Etat voulait éviter la menace de bombardements aériens.
   Entre-temps, en 1941, le conseil avait obtenu la réouverture de l'école des Neuves-Granges, " pour éviter que les enfants se rendent à Marloz par des chemins en mauvais état : voyages compliqués par le manque de chaussures et de pneus de bicyclettes ". En effet, tous les articles de la vie courante qui, avec les années, s'étaient usés, manquaient et leur renouvellement, strictement contingenté, était pratiquement impossible.
   Arriva enfin la débâcle allemande. On se transmettait les nouvelles que l'on pouvait recueillir de la progression des armées alliées quand, dans les premiers jours de septembre, on vit arriver des troupes allemandes qui, dans le plus grand désordre, essayaient de regagner leurs lignes vers Belfort et l'Alsace. Ces troupes avaient essuyé, entre la Vaivre et la Croix-Cateline, un violent bombardement de la part d'une escadrille canadienne ; elles firent escale pendant une nuit à Cirey, tentant de réparer une partie des dégâts causés à leurs véhicules et, cette nuit-là, les habitants du village ne durent pas dormir tranquilles. Le lendemain, à l'aube, les allemands repartaient ; on raconte que trois soldats, sans doute engagés de force, optant pour la captivité, se rendirent volontairement aux mains des F.F.I. locaux. (Forces Françaises de l'intérieur qui participèrent à la lutte clandestine contre l'occupant).
   Enfin, le 8 septembre 1944, les américains firent leur entrée à Cirey, accueillis avec la joie que l'on peut imaginer après tant d'années d'angoisse. Quelques G.I. (nom familier donné aux soldats américains pendant la seconde guerre mondiale), s'installèrent dans le pays ; malheureusement, le lendemain 9 septembre, deux pièces de 88, depuis Rioz, bombardèrent notre village, tuant trois américains qui se trouvaient dans une grange au bas du pays. Ce fut d'ailleurs la partie de Cirey la plus atteinte ; la maison qui fait face à l'église eut son mur de façade éventré ; quant à l'église elle-même, sa toiture subit des dommages et les beaux vitraux qui avaient été choisis avec goût lors de la reconstruction du 18ème siècle étaient pulvérisés.
   Dans le courant de l'automne, on vit arriver des commandos parisiens ; ils séjournèrent quelque temps au village avant de remonter vers le front d'Alsace.

Cirey libéré, les restrictions ne pouvaient pas disparaître brusquement ; mais il n'y avait plus rien à craindre de l'ennemi d'Outre-Rhin et, comme partout en France, de nouvelles structures furent mises en place. Fin novembre, le Préfet nommait un Comité local de Libération pour faire fonction de Conseil Municipal et, le 3 décembre, ce comité élisait le Maire, M. Marius Hautberg. En avril 1945, à la suite d'élections municipales régulièrement organisées dans le pays (avec pour la première fois le vote des femmes), M. Hautberg était confirmé dans ses fonctions (adjoint, Roger Maillot).
   Le nouveau conseil dut rapidement se pencher sur la question des concessions d'eau : la réglementation établie en 1927 fut modifiée et le nombre des robinets pour chaque abonné devint désormais illimité ; en 1947, il demanda que le projet d'adduction d'eau pour le hameau des Neuves-Granges soit accepté au plus tôt car " le dit hameau , peuplé de 70 personnes et d'une centaine de têtes de bétail, est actuellement alimenté par une seule source très mal placée au fond d'une vallée éloignée et difficile. Cette dite source en contrebas de la route jouit d'une réputation mauvaise et préconçue de la part du Service d'Hygiène… Néanmoins, depuis plus de 50 ans, cette source abreuve, non seulement ledit hameau, mais encore les communes de Valleroy, Thurey, Moncey dans le Doubs, sans qu'aucun accident ou épidémie ne lui soit attribué !.. " Ces considérations étaient si exactes qu'en 1949, les trois communes précitées acquéraient un 2ème tiers de la source des Neuves-Granges pour la somme de 400 000 Francs, somme affectée aux travaux d'adduction d'eau dans ce hameau. (Travaux d'ailleurs entrepris seulement en 1952-1953).
   Le Gouvernement ayant estimé que les élections générales de 1945 avaient été organisées trop précipitamment, antérieurement au retour des prisonniers et des déportés, une nouvelle consultation eut lieu en octobre 1947 ; à Cirey, les électeurs maintinrent M. Hautberg à la tête de la commune.
   Dès l'année suivante, le nouveau conseil ne peut s'opposer à la fermeture de l'école des Neuves-Granges, victime du manque d'effectifs.
   Les dommages causés à l'église par le bombardement de 1944 étaient source d'inquiétude ; la Municipalité, en mars 1949, acceptait le devis des Beaux-Arts (l'église est en effet classée au catalogue supplémentaire des monuments historiques, d'où le contrôle de cet organisme d'Etat), relatif à la réfection de la toiture, se montant à 1 160 369 F. Si les Beaux-Arts prenaient à leur charge les 4/5 de la réparation, la part incombant à la commune restait importante. Tout en sollicitant une subvention du Conseil Général, la Municipalité décida de se procurer des fonds grâce à l'"organisation d'une kermesse.
   Cette idée était nouvelle : semblable manifestation n'avait pas de précédent dans la région. La kermesse eut lieu le 8 mai 1949, et le bas du village connut alors une animation exceptionnelle, grâce aux jeux variés destinés aux petits et aux grands, à la buvette restaurant installée dans une grange et au bal monté dans une pâture en face ; Ce fut un franc succès pour lequel tous les habitants avaient œuvré.
   Les réparations de l'église n'étaient pas effectuées pour autant, et si la toiture put être remise en état, il fallut encore de nombreuses démarches auprès des Beaux-Arts et beaucoup de rappels auprès de l'architecte départemental pour obtenir la pose de nouveaux vitraux. Ce fut seulement chose faite en 1956.
   Là ne s'achevaient pas pour les édiles successifs les soucis causés par l'état de l'église. En 1962, le conseil décida d'acquiescer aux propositions du Syndicat Inter paroissial, lequel émit un emprunt local placé auprès des particuliers ; cette solution permit de financer les travaux de réparation du clocher. En 1964, la restauration de l'église était enfin achevée.
   Entre temps, en 1951, il avait été nécessaire d'effectuer des travaux de réfection aux bâtiments scolaires ; Entre temps aussi, fin 1951, M. Hautberg avait démissionné et M. Jean Noël était élu maire.
   Quelques semaines plus tard, le 1er janvier 1952, l'instituteur, M. Lucien Besson, prenait les fonctions de secrétaire de mairie.

Avec la reconstruction de la France, les besoins en sable des entrepreneurs étaient immenses. Jusqu'alors, les gens de Cirey cherchaient à volonté le sable dont ils avaient besoin sur les bords de l'Ognon et seuls les étrangers acquittaient une redevance. La municipalité décida de se procurer des ressources en encourageant l'exploitation de sablières au bord ou même dans le lit de l'Ognon. Fin 1952, l'affaire prit plus d'envergure et M. Gianoli, entrepreneur au chef-lieu du Doubs, installa en aval du pont une sablière importante avec dragages par godets ou par bateaux dragues ; un haut pylône métallique apparut dans le paysage, sur la rive gauche, et y demeura pendant des années. Des particuliers ayant suivi l'exemple de la commune et cédant leurs rives ou leurs terrains, en quelques années le lit de la rivière se trouva dévié et considérablement élargi. Entre temps, M. Gianoli avait cédé l'exploitation à M. Haton, auquel succéda M. Choix. L'activité de ces sablières se poursuivit sur le territoire de la commune jusqu'en 1967.

Au lendemain de la Toussaint 1952, les conseillers décidèrent l'édification d'un monument aux morts des deux guerres. En 1920, après l'hécatombe de Grande Guerre, leurs prédécesseurs ne s'étaient pas prononcés pour une semblable construction, la commune étant alors à bout de ressources. On s'était contenté d'une plaque commémorative apposée à l'église par souscription publique. Mais la plupart des communes de France en avaient décidé autrement. Pour réparer cette lacune et permettre d'organiser des cérémonies du souvenir, on édifia un monument qui, sur l'avis du comité local d'urbanisation récemment créé, fut construit sur une place aménagée à cette intention, près du pont du canal.

De plus en plus, les citadins recherchaient pour leurs week-ends le calme de la campagne ; mais ils avaient tendance à s'installer dans les pâtures, parfois sans l'accord des propriétaires. Pour mettre de l'ordre dans cet état de fait et augmenter les ressources de la commune, le conseil décida, en novembre 1956, d'installer entre les ponts un terrain de camping. On commença par niveler, planter des arbres et aménager une place au bord de l'Ognon.
   La cour d'école était manifestement insuffisante, et les enfants, entraînés par leurs jeux, étaient souvent amenés à courir sur la route. L'extension de la circulation automobile rendait cette pratique dangereuse. En 1957, le conseil décida d'agrandir ladite cour grâce à l'acquisition d'un jardin limitrophe, ce qui permit de mettre à la disposition des écoliers une cour spacieuse en même temps qu'un préau couvert.
   M. Jean Noël avait vu ses fonctions de maire reconduites après les élections d'avril 1953 ; il en fut de même au renouvellement de mars 1959, l'adjoint Maurice Maillot cédant son poste à M. René Ligney. La distribution d'eau, à Cirey, comme à Marloz, était encore assuré par les vieilles conduites, manifestement insuffisantes. En mai 1959, le conseil approuvait le programme de renforcement exposé par l'ingénieur du Génie Rural, prévoyant notamment l'extension du réseau jusqu'à la partie ouest du village où plusieurs maisons n'étaient pas encore desservies.
   Pour la commodité des automobilistes locaux, un poste d'essence était installé et loué au tenancier du café, transféré entre temps près du petit pont. Pendant l'été 1959, une nouvelle kermesse était organisée, cette fois dans le parc du Château de Bellevaux. Il faut rappeler qu'en 1957, un descendant de la famille de Ganay avait vendu cette propriété à une œuvre vésulienne organisant des colonies de vacances en milieu rural, animée par le regretté Abbé Roy (décédé prématurément en 1972) : celui-ci mit le domaine de Bellevaux à la disposition des organisateurs communaux et cette kermesse connut le même succès que la précédente.
   Ainsi s'animait et progressait le mode de vie des habitants de Cirey quand, le 24 mars 1961, une triste nouvelle vint jeter l'émoi dans le pays ; le maire, Jean Noël, était mort.
Quelques semaines plus tard, son fils le remplaçait au sein de la Municipalité et était élu adjoint tandis que M. Ligney devenait maire.

L'enseignement obligatoire était dorénavant prolongé jusqu'à 16 ans et les populations rurales étaient manifestement défavorisées, astreintes à envoyer leurs enfants en pension. C'est pour parer à cet inconvénient que les chefs-lieux de canton furent dotés de collèges d'enseignement général. Les jeunes de Cirey se rendirent donc chaque jour à Rioz grâce au ramassage scolaire : fin 1962, l'enseignement qui y était dispensé couvrait tout le premier cycle, de la classe de 6ème à celle de 3ème. Deux années plus tard, Cirey accordait à la commune de Rioz une aide financière annuelle comme participation à l'entretien du C.E.G.

Après les élections de mars 1965, M. Ligney demeura à la tête de la commune. M. Maurice Beauprêtre devenant adjoint ; mais fin 1967, le maire démissionna et, après une élection municipale partielle, M. Jacques Noël devint le premier citoyen de Cirey.
   Le village, la nuit venue, était mal éclairé. En février 1968, le conseil décida d'installer des lampes de rue aux extrémités du pays. L'année suivante, on transforma complètement l'éclairage public et l'ensemble de la commune fut doté de tubes fluorescents. En 1976, les abords de Bellevaux, si fréquentés dorénavant, furent éclairés à leur tour.
   Le réseau de distribution électrique de Cirey, tout comme celui des écarts, était surchargé devant les besoins croissants, tant des agriculteurs qui s'équipaient que des particuliers utilisateurs de matériel moderne. De 1968 à 1971, la Municipalité s'employa à obtenir le renforcement de ces divers réseaux et participa au financement de ces travaux dans la mesure qui lui incombait. Au début de 1972, on sollicita une nouvelle extension des lignes afin de desservir le terrain de camping et la route des Neuves-Granges où une maison avait été bâtie. Une demande de renforcement est de nouveau en instance (1978).

Les dragages exécutés tout au long de l'Ognon en transformaient le cours, créant des plans d'eau dont on pouvait faire usage pour le tourisme. Dans le but d'harmoniser ces diverses possibilités et de défendre la propreté et l'esthétique de la rivière contre des initiatives privées plus ou moins heureuses, dans le but aussi de surveiller le débit des eaux, il se créa en 1969 un Syndicat mixte de la moyenne vallée de l'Ognon.
   Cirey donna son adhésion dès avril de la même année. Celle-ci se déclara vite payante ; en effet, le barrage qui desservait le canal menaçait de tomber en ruines et son propriétaire, qui ne l'utilisait pas, n'entendait pas faire les travaux nécessaires. Or, ce barrage est indispensable à l'économie du pays en permettant de régulariser le débit de la rivière ; le canal d'autre part, outre son intérêt esthétique, constitue une réserve d'eau encas d'incendie. Il n'était donc pas question de le laisser s'assécher.
   En octobre 1969, le conseil décida d'acheter le barrage et d'entreprendre les travaux de réfection des plus indispensables. Deux ans plus tard, la commune put revendre l'ouvrage au Syndicat de la Moyenne Vallée de l'Ognon qui lui remboursa les 2/3 des frais supportés pour son acquisition et sa remise en état.
   Malheureusement, ces réparations s'avérèrent insuffisantes et devant la déficience de l'ouvrage, le Syndicat décida de financer, en accord avec les Services départementaux concernés, un nouveau barrage qui fut inauguré en octobre 1976 : les plans en avaient-ils été mal conçus ? en tous cas, une crue qui sévit dès l'hiver suivant emporta une partie des remblais mis en place sur la gauche de l'ouvrage. Les réparations nécessaires ont donc dû être effectuées.

L'état de l'école et des deux logements de fonction qui y sont annexés laissait fort à désirer. En 1970, le conseil décida leur rénovation. La salle d'école, préalablement agrandie par la fusion de deux classes en une seule, fut repeinte, dotée de sanitaires et de chauffage central. Quant aux logements, ils furent aussi modernisés (d'autres améliorations y furent apportées an 1975).
   Les élections de mars 1971 ayant laissé en place l'équipe dirigeante, les efforts d'amélioration se poursuivirent. Dès le mois suivant, dans le but d'augmenter les surfaces cultivables, le conseil décidait de faire procéder à une première tranche de déboisement du Grand Buisson, sur le territoire de Marloz.
   Le camping dont le principe avait été décidé en 1956 et pour lequel le terrain avait été préparé entre les ponts, n'avait toujours pas été réalisé. Le conseil s'en préoccupa en 1972, procéda à des aménagements et à des plantations d'arbres ; un bâtiment fut construit pour abriter les installations sanitaires. Ce camping rencontre tant de succès que ses 35 places sont retenues longtemps à l'avance ; en 1977, un second terrain a été aménagé au delà du pont, sur la rive gauche de l'Ognon, avec un bloc sanitaire, pour 25 emplacements supplémentaires. L'ensemble est classé 2 étoiles.
   Le réseau d'égouts de la commune était manifestement insuffisant et ne desservait pas toutes les habitations. Son extension fut réalisée en 1976 et il couvre dorénavant les besoins de l'ensemble du pays.
   Autre améliorations importante : l'installation du chauffage à air pulsé à l'église, financée par une collecte faite auprès des habitants des villages concernés et par les communes adhérentes au Syndicat inter paroissial (fin 1973).
   Le 1er septembre 1974, l'église connut d'ailleurs une animation exceptionnelle ; en présence de l'archevêque de Besançon, de nombreux abbés, mitrés ou non, venus des monastères cisterciens de l'est, en présence de plusieurs parlementaires, des représentants de l'Administration et de nombreux amis de la région, avec naturellement le concours de toute la population, on y célébra le 8ème centenaire de la mort de St Pierre de Tarentaise. Après le service religieux, un vin d'honneur fut servi dans la salle d'école et le représentant du Préfet, le maire, puis M. J.M. Jeannerey, alors Conseiller Général du canton, évoquèrent l'œuvre des moines bâtisseurs de Cirey. La cérémonie se termina par un déjeuner dans les bâtiments neufs du Foyer Culturel de Bellevaux (en 1874 le 7ème centenaire de la mort du Saint avait déjà été célébré à Cirey).
   En effet, le château acquis en 1957 par l'abbé Roy pour installer une colonie de vacances s'était bientôt révélé insuffisant.
   Gérée par une association privée intitulée " Foyer Culturel de Bellevaux ", l'œuvre étendit son champ d'activité et connut un grand succès. Les demandes allant croissant, un nouveau bâtiment, fonctionnel et moderne, fut construit en 1971. Ouvert principalement aux groupes, ce foyer se propose de favoriser les rencontres, les échanges culturels, la promotion sociale, la formation permanente en facilitant la tenue de colloques et de séminaires grâce à ses salles de réunion, ses salles à manger et ses chambres confortables. Pendant les congés scolaires, il accueille des colonies de vacances et des camps d'adolescents ; enfin, pendant les périodes creuses, il héberge des personnes du 3ème âge, heureuse de profiter, pour un séjour de vacances souvent nouveau pour elles, du calme et du repos de ce site verdoyant. En 1977, 6125 personnes sont passées par Bellevaux, pour un total de 14360 journées. En majorité confessionnelle à ses débuts, la fréquentation est maintenant laïque pour les 2/3 et c'est dans les mêmes proportions qu'elle concerne les adultes, venant d'entreprises, d'administrations, d'organisations professionnelles ou syndicales variées. Le foyer a dépassé les limites départementales pour acquérir une vocation régionale, même parfois nationale puisque, toujours en 1977, 20 % des personnes reçues n'étaient pas comtoises. C'est dire combien ce Foyer Culturel est source d'animation pour notre village.
   Mais il n'est pas le seul. Le 20 juin 1976, un incendie provoqué par l'imprudence de deux enfants détruisait en quelques minutes un bâtiment communal situé sur la rive gauche de l'Ognon, bâtiment donné par les sablières Choix à leur départ de Cirey. Comme cet édifice, bien que fort modeste, s'était révélé très utile, la Municipalité décida de faire construire une nouvelle salle. Mais elle se montra ambitieuse et se prononça pour un bâtiment à usages multiples, suffisamment spacieux et fonctionnel pour satisfaire toutes les exigences ; c'est ainsi qu'en 1977, on vit s'élever sur l'ancien terrain de la sablière une construction recouvrant une surface de 260 m2, offrant toutes garanties contre les risques d'incendie. Ce bâtiment, destiné à être utilisé en toutes saisons grâce à son chauffage électrique, comporte une salle de 180 m2, une cuisine et un bar de 25 m2 chacun,, un groupe sanitaire auquel sont accolés les sanitaires du nouveau camping.
   Cette réalisation, il faut le noter, ne put être menée à bien que grâce au concours, le plus souvent bénévole, d'une grande partie de la population.
   Cette construction devrait assurer un regain d'animation pour Cirey ; elle permet d'organiser des banquets de familles ou d'associations ; elle est un centre d'accueil pour les jeunes, qu'ils soient tentés par les manifestations culturelles, sportives ou dansantes ; elle facilite la tenue de réunions des sociétés locales 'pêche, chasse, pompiers, etc…), enfin, elle a favorisé la création d'un club de 3ème âge, regroupant les anciens de Cirey, de Chambornay et des villages environnants, club qui, pour ses débuts, connaît un succès des plus encourageants, offrant quelques moments de détente et d'amitié bien appréciables à une époque où ils sont rares.

Mais Cirey n'est pas, malgré son calme et l'attrait de son site, un pays de loisirs, c'est un village où l'on travaille. Commune essentiellement agricole, elle compte seulement deux artisans (scierie et entreprise de battage/bâtiment) ; par contre, on y trouve 15 exploitations agricoles. Le remembrement effectué en 1953 (Cirey s'honore d'avoir été jumelé pour ce travail avec la Barre et Vandelans, le premier village remembré du département) a permis de moderniser les entreprises ; les cultivateurs y sont dynamiques : en 10 ans, 11 bâtiments d'exploitation ont été soit rénovés, soit pour la plupart construits sur des normes fonctionnelles et modernes. Les cultures sont diversifiées et bien adaptées au terrain et à l'altitude : on peut voir de vastes champs de maïs à Cirey, dans la vallée, alors que sur les plateaux des Neuves-Granges et de Marloz, fleurissent les colzas.
   Le revenu principal des agriculteurs repose en fait sur les bovins ; ceux-ci, de race montbéliarde, sont élevés, suivant les exploitations, pour le lait ou pour la viande. Le fourrage pour ces animaux est récolté selon plusieurs méthodes ; soit en bottes, suivant le système traditionnel et ancestral, soit converti en bouchons de luzerne et de maïs déshydratés grâce aux services des Cumas locales, soit en ensilage de maïs. Actuellement, on peut recenser dans le village environ 700 bovins, 275 vaches laitières pour la plupart soumises au contrôle laitier, et 425 autres bêtes d'élevage ou de boucherie.
   Quant aux cultures, elles occupent plus de 50 % de la surface exploitée. Pour une superficie de 1300 ha, on dénombre 380 ha de forêts particulières et 100 ha de forets communales, 370 ha de prés et de pâtures, les champs de céréales se répartissant entre le blé (155 ha), et l'orge (80 ha), le maïs (115 ha) auxquels s'ajoute la culture du colza (100 ha).

Ainsi vit-on à Cirey en 1978, dans un village que nous avons suivi au cours des siècles, qui a connu mille vicissitudes, qui a été maintes fois dévasté, détruit et ruiné, mais que la ténacité de ses habitants a chaque fois sauvé. Cette énergie, qui anime toujours les Comtois, est réconfortante et doit être riche en promesses d'avenir. En tout cas, nos descendants qui, dans 100 ou 200 ans peut-être, trouveront par hasard ce livret oublié au fond d'un vieux tiroir, constateront que leurs aïeux de 1978 ont été à la hauteur de leurs lointains ancêtres et qu'ils ont, de leur mieux, contribué à la pérennité et à la prospérité de CIREY.


octobre 2011

Daniel Rolin nous rappelle un moment important de l'histoire de notre commune

Quand Jean de Vienne protège l'abbaye de Bellevaux...

La Franche-Comté a une histoire aussi complexe que passionnante. Elle ne s'est pas façonnée naturellement en une fois. Elle est le résultat de maintes transformations au gré des conquêtes, des mariages entre gens de noblesse ou encore d'héritages successifs. Territoire des Séquanes au temps des gaulois, puis sous domination romaine après la chute de Vercingétorix, elle fut annexée par les francs en 534. Après la mort de Charlemagne, elle changea plusieurs fois de souverain, faisant partie, selon l'époque, du Saint Empire romain germanique, du royaume de France ou du duché de Bourgogne. C'est en 1678 à l'occasion du traité de Nimègue (actuelle Pays-Bas) que la Franche-Comté devint définitivement française. Notez que notre région s'appela longtemps le Comté de Bourgogne (grosso modo l'actuelle Franche-Comté diminuée de Belfort et Montbéliard). Dijon et sa région représentait le Duché de Bourgogne. C'est en 1366 qu'apparaît le terme de Franche-Comté pour désigner le comté de Bourgogne.

En 1330, à la mort de Jeanne de Bourgogne (dit Jeanne II, comtesse de Bourgogne et comtesse d'Artois, épouse du roi de France Philippe V), la Comté revient à sa fille ainée Jeanne de France (Jeanne III). Celle-ci épouse Eudes IV, duc de Bourgogne. Ainsi, duché et comté de Bourgogne se trouveront réunis pendant plus de 150 ans avec un intermède de1361 à 1384.

En 1361, Philippe 1er de Bourgogne (dit Philippe de Rouvres), petit-fils de Jeanne de France et dernier descendant mâle des ducs de Bourgogne meurt sans héritier. La Comté ainsi que l'Artois sont séparés du Duché de Bourgogne. C'est à Marguerite de France, fille cadette de Philippe V que reviennent ces deux régions. Notre province que vient de frapper une fois encore la peste noire subit les incursions des grandes compagnies, soldats mercenaires devenus sans emploi après la signature du traité de Brétigny (accord conclut en 1360 près de Chartres entre anglais et français, permettant ainsi une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans). De 1360 à 1369, ils ravagent le pays. En 1366, le Comtois Jean de Vienne, né à Dole en 1341, écrase les routiers* de Guichart Monnot à Chambornay.

Notre ami Daniel ROLIN, habitant Cirey nous apporte un document rappelant ce fait et saluant ainsi la mémoire de cet illustre franc-comtois, Sire de Roulans et militaire nommé amiral de France par Charles V.
Merci Daniel !

Jean-Jacques CHEVANNE

* A l'époque, militaires pillards - brigands

Liens :

Jean de Vienne et l'abbaye de Bellevaux. (document de Daniel ROLIN en pdf)

Jean de Vienne sur netmarine.

Jean de Vienne sur le site de Roulans

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